Le moulin à prières tiendra-t-il un an?

De quoi 2019 sera-t-il fait? On aurait pu le demander aux «voyants» qui tiennent salon chaque année aux «Automnales»... ou le lire dans les «Objectifs» millénaires de la «communauté internationale». Les médias, eux, zigzaguent entre des cantiques «réglés comme du papier à musique» et leur amour des «trains en retard». D’une part, ils doivent être au diapason des gens qui «savent» et en vivent... à commencer par les économistes (voir p. ex. unil.ch/crea). D’une autre, ils voient bien que «l’histoire est plus créative que ses analystes», et que le jaune démode en cinq-sept le rose et le vert. Voyons donc les mots à double clef qui jettent déjà leur ombre sur l’an 2020, millésime pourtant magique par l’harmonie d’une rime.

Oublions la dynamique Chine et l’inventive Apple... et leurs déboires qui sont des détails de l’histoire. En Suisse, la «croissance» de l’économie est toujours «positive»... une loi de la nature, sauf un petit trou d’air à la fin de l’an passé: un plus annuel «de 0,44% de 1980 à 2018». Paradis – et pas juste fiscal – sauf que... le nombre d’âmes croît souvent plus vite... et les chiffres changent du tout au tout selon les sources. Tant mieux... un graphe tombe à point avec un «produit intérieur brut par habitant» quadruplé depuis 1980. Pour être «positif», suffit sans doute de compter en franc quand il chute, et en dollar dans l’autre cas... vieux truc des banques. Même la Banque nationale est «positive» par ses bas taux, dit-on (sauf chez Gérard Leroux): ça pousse l’argent vers les actions hors du franc... manière de concilier investissement et exportation. Economistes, politiciens et journalistes auront donc – dans les douze mois à venir - de quoi justifier leur existence par la recherche de la croissance. Mais seront toujours aussi démunis face aux questions d’enfant: si la création d’emplois est une bonne chose en temps de développement, à quoi sert-elle en ère de surproduction... sinon à hâter la faillite des entreprises?

Les rois nus ont-ils une retraite?
Certains adultes se risquent toutefois à répondre à ces questions d’enfant, par d’audacieux scénarios. Ainsi l’automne dernier à Lausanne, avec «Cinq idées (...) décalées» pour la prévoyance professionnelle (edmond-de-rothschild.com/site/Suisse/fr/banque-privee/prevoyance/inscription-spp6). Mais on a vu là aussi les limites du décalage: les trente milliards des caisses de pension d’une grande mais sage firme vont dans des actifs «corrélés» à ses marchés... et auront donc l’air stables même si le monde chute. Plus révolutionnaire, une politicienne libérale veut plafonner le taux de cotisation dès 45 ans, pour aider l’emploi des seniors... qu’aura-t-elle alors dans sa manche pour les juniors? Mais – même chez les décalés, décorrélés et autres révoltés – on n’ose penser «l’éruption de la fin» sociale ou boursière. Impensable... sinon impossible: en dix ans, le «Black Tuesday» a fermé la marche de la «Victoire»... et la «Grande Guerre» a suivi d’un coup la «Belle Epoque» (que des étudiants – vive le cours d’histoire - placent vers 1950). Malgré son opportunisme légendaire, Jacques Attali – souvent en nos murs comme conseil des banques privées - prend très au sérieux le scénario du pire: «Même à Genève... à force de se croire protégé... on peut s’enkyster». Quant aux politiciens américains qui décident de l’économie, leur seule différence avec Madoff (selon Attali), «c’est que Madoff est en prison» (fer-ge.ch/web/fer-ge/-/comment-nous-proteger-des-prochaines-crises-). Plus prudent dans «Allnews», l’économiste en chef de la banque Pictet parle d’une «alerte sur les indicateurs US». Les seuls à aller au bout de la logique du pire sont les «Verts» ultras (decroissance.ch, vincent-mignerot.fr): leurs théories brillent comme des feux de paille, mais des pailles qui aveuglent moins que les poutres solides comme l’Etat dans l’œil officiel.

Signes extérieurs d’une foi intérieure
Croître ou décroître... l’essentiel est d’être mobile, nous disent à leur tour les vendeurs de mobilité, voulue ou subie (rappel de l’an passé: ioe-emp.org/en/policy-priorities/labour-migration/, ccig.ch/agenda/2018/10/Mobilite-et-nouveaux-modes-de-travail-Quelles-opportunites-pour-les-entreprises-du-Grand-Geneve-, gowo.network, bancspublics.ch/event.php?id=233 et même japantimes.co.jp/opinion/2018/06/02/editorials/jobs-disabled-people/#.XCy4UFJ7TcM). La mobilité amène l’égalité, car les sédentaires sont xénophobes... même si Archimède ignorait ce théorème. Mais – avant ou après 2020 - le combat du Millénaire verra la victoire du Bien, car le Savoir donne le Pouvoir... et les Savants maîtriseront leurs robots... foi de Moore. L’autre jour à un culte, en entendant le moulin à prières, je me demandais «combien de temps avant que le boulot des prêtres soit fait par des robots»... ce qui pose la question: un robot – branché ou non - peut-il avoir une religion, et à quoi ça se verra (fr.wikipedia.org/wiki/Brit_Milah)?

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 18 / 03 / 19