Tout dans le cœur, rien dans la tête

Formation... instruction... éducation... c’est souvent difficile à distinguer. Mais avec les jeunes «rebelles» du climat, la différence saute aux yeux: en laissant ou poussant la jeunesse (à) confondre ses «coups de cœur» avec des vérités d’«état d’urgence», les élus et les profs manquent au premier des devoirs adultes: contrer la subjectivité infantile, qui s’exprime si bien par la formule «égoïste, qui ne pense pas à moi». L’effervescence climatique permet donc aux narcisses en herbe – fraîche ou sèche - de diffuser tous les bobards, réduisant à néant les «savoirs» dispensés avant ou après 18 ans. Un «responsable» doit-il être «irresponsable» pour se faire bien voir des futurs votants?

Atrium d’Uni-Mail... bibli de Meyrin... manif à la Rue du Marché... affiches de Renverse... toujours les même slogans: «C’est la faute aux multinationales»... «la démocratie libérale, complice bras croisés»... «le Crédit Suisse met tout son fric dans le pétrole»... «l’Etat pollue à lui seul plus que l’ensemble des ménages»... mais quand on demande des détails aux auteurs de ces propos, soudain, leur voix si sûre n’a ni sources, ni chiffres, ni fait précis, mais peu importe, dès lors que «c’est Dominique Bourg qui l’a dit» (il est sans cesse cité, pas sûr que ce soit chaque fois de son plein gré). De toute façon, pour les «justiciers climatiques» (sinon «éco-jihadistes»), ce catéchisme est une évidence, et le citoyen qui le nie est «un climato-sceptique»... bref, un ennemi de Gaïa et de son Peuple. Même biais à propos des crimes des «multinationales»... jusqu’en Australie: une asso d’étudiants au Regard Critique a montré – en avril à Uni-Mail - un film sur (entre autres) l’incendie d’une mine de charbon de la compagnie Suez. Avant le film, ces étudiants – gauchistes – étaient ouverts et sympas... une heure après, ils étaient déjà à moitié «stal»: «Ce film m’a ouvert les yeux sur les crimes du capital»... disait un public sous le coup de la Révélation. Pourtant, un mois plus tard, des pompiers d’Australie étaient à Genève pour un congrès: ce qu’ils m’ont dit contredit pour deux tiers l’enquête «déniaisante» de «Cash Investigation» (France 2).

Deux poids, deux mesures
Le plus choquant, c’est que quand il vient de gauche, ce type de mensonge n’est pas «fake news» mais «mobilisation»... et l’appel à la violence contre le marchand n’est pas «discours de haine» mais «juste indignation»... et la quête d’un «coupable» idéal s’appuie sur un refus d’être «culpabilisé» par des questions du type «prenez-vous souvent l’avion?»... car si le peuple monte dans l’avion ou achète des gadgets, c’est que «le système nous y force». Au Club de la presse début juin, ces sophismes roulèrent les mécaniques sous le label de «cri du cœur» (avec l’appui de la... Mission suisse). Clou du «show» (c’est le mot), Dominique Bourg – à la bio chahutée sur Wikipedia - a reporté sa foi en Dieu sur les Nations Unies et... ses chiffres. Mais on fait dire aux chiffres ce qu’on veut: à Uni-Mail aussi, on voyait bien que sous «crimes d’Etat» contre le climat, il fallait comptabiliser toute la masse monétaire sortie des presses de la Banque nationale. C’est donc en toute bonne foi – faute de trouver sur leur chemin des clercs dignes de Julien Benda – que les jeunes ou vieux penseurs touchés par la grâce de «l’engagement» perdent la notion de la vérité. «Tout est pour l’économie, rien pour l’environnement» dans notre société: qu’une architecte puisse dire ça, alors que son métier est fagoté par les plans directeurs, lois sur le patrimoine, zonage cantonal... en dit long sur la puissance de cet hallucinogène qu’est la bonne conscience. Qui permet – comme dans une pièce de Yasmina Reza – de se sentir «admirable»... à preuve, les trophées de «méprisables» qu’on aligne sur les tracts. «Vu l’enjeu, on ne peut plus s’en tenir à la loi», entend-on sans cesse, chez les simples «indignés» comme chez les fiers «philosophes». Qui creusent sans cesse le fossé entre «nous» et «eux» ou «ils»... sans trop préciser... «eux», ce sont pêle-mêle les patrons, le populisme, et surtout «le système»... car quand on les met face au vide de leurs dires, les militants sortent comme un disque «de toute façon, il faut changer de système»... «on va exiger un autre système»... «on va tuer le système»...bref, cette fuite dans la mégalo que dénonçait jadis Doris Lessing. A un récent colloque d’Uni-Mail sur le «populisme», un des rares chercheurs du mauvais bord ironisait: «Il y a peu lors d’un séminaire à Zurich, des orateurs ont d’emblée dit qu’on pouvait «discuter avec tout le monde, en démocratie, sauf avec les populistes, car ils désignent d’avance leur ennemi»!

A l’école du parti pris
Mais revenons aux faits et chiffres, qui ne devraient pas avoir d’odeur: «Quelle est l’empreinte carbone d’un migrant venant du Sud plein de soleil au Nord où il devra se chauffer?». La prof du Poly à la gauche de Dominique Bourg (au Club de la presse) a refusé de répondre à la question. L’astronome Jean-Loup Bertaux – qui se la pose - n’aurait pas sa place au Poly; quant aux démographes sur «France Culture», ils poussent leur logique au bout du cynisme: «Le suicide est le seul acte à bon bilan carbone». Triste mais bien, qu’il y ait encore des Verts à ne pas voir dans un «climat» de haine ou d’intox la seule réponse aux questions ouvertes (outre les rigoureux ou sympathiques decroissance.ch, longet.blog.tdg.ch, noe21.org, voitureelectrique.com, icesfoundation.org, on a ces jours - en congrès ou salon – wmo.int, ilo.org/global/topics/green-jobs, voire investmentmigration.org, marinemoney.com... où toutes ces questions sont discutées de manière plus ouverte et plus... humaine): la bio-diversité ne doit pas tuer l’info-diversité, à l’école ou dans la rue!

Boris Engelson

  Télécharger l'article au format PDF

Dernière mise à jour 17 / 06 / 19