Quand l’école catalane divise la Romandie

«Indoctrination of pro-independance ideas in schools»... en clair, l’école au service des indépendantistes. Mystérieux intitulé d’une réunion – lundi 8 - au Palais des Nations, en marge du Conseil des droits de l’homme (un.org). Sur place à l’entrée de la salle, tout semble se clarifier, mais dès mardi, en ligne pour en savoir plus, l’énigme grandit au point d’englober la Catalogne et la Romandie.

«La majorité des Catalans ont l’espagnol comme langue maternelle... or les écoles sont devenues un outil de combat pour l’indépendance» par usage de la langue et par abus de l’histoire. Car arrivé à la salle XXIV, on trouvait une affichette ambiguë: en sous-titre, «Human rights violations in Catalonia, Spain»; avec une photo d’un jeune homme, la bouche barrée par le ruban «homo». Une fois assis, on entendait toutefois un message clair, porté surtout par un historien (Francisco Oya), suspendu du collège près d’un an pour sa révolte contre la politique du Gouvernement catalan (voir hazteoir.org). La langue a toujours été un facteur détonant, en politique... de la Bretagne au Québec, de la Thaïlande au Yunnan, de la Crimée à l’Estonie, d’Israël à la Turquie, des Arabes aux Berbères, et même de Zurich à Berlin ou de Berne à Bienne... sans parler de Babel ou Heine. Pour qualifier le «nous» et le «eux», elle a souvent défié le «pas de guerre entre les peuples... pas de paix entre les classes» cher aux amis du peuple.

«El Barça», pas si catalan que ça
Face à monsieur Oya, le journaliste ne peut s’empêcher de trouver des circonstances atténuantes aux indépendantistes catalans: «Et les Québécois... et les Bretons... et les Jurassiens... menacent-ils la démocratie?». A quoi les trois hommes au podium répondent que les Québécois et leurs pairs ne veulent pas exclure de la Nation les autres communautés... alors que les indépendantistes catalans «tiennent des discours racistes, suprémacistes... traitent les hispanophones de colons... briment leurs enfants à l’école... abusent de la télé publique... et récrivent l’histoire de la province»... le tout causant des maux de tête aux familles d’expats. Doit-on prendre tout ceci au pied de la lettre? Moi, j’y vois plutôt une politique d’intégration... j’y suis favorable», dit une Catalane rencontrée en un tout autre contexte, au Bureau international du travail. «Les Catalans ne sont pas Espagnols... leur cœur n’est pas du même côté... c’est évident à un match de foot», disait une Espagnole de Genève. Mais reste une autre énigme, celle que n’aiment jamais les «révolutionnaires»: «Pourquoi les Catalans votent-ils pour un gouvernement qui les brime, si seule une minorité a la fibre catalane ultra?». La réponse est claire: «Le scrutin, en Catalogne, n’est pas «proportionnel»... les villes sont sous-représentées. Est-ce à dire que Barcelone ferait sécession d’une Catalogne indépendante? «Il y a bien un mouvement pour la «Tabarnie», qui s’en tient pour l’instant à l’humour» (tabarnia.org). Mais l’humour est chargé, en pareil contexte: que dire du «més que un club» qui fit du «Barça» un symbole catalan, sachant qu’il fut fondé par des joueurs d’Europe du Nord?

Tous les mots ont double sens
Doit-on prendre toutes ces accusations pour argent comptant? Le lendemain, en cherchant en ligne, on voit que le groupe qui parlait au Palais des Nations est «d’extrême droite»... selon Wikipedia. Curieux, pour des orateurs allergiques au «suprémacisme» (et qui, eux-mêmes, dénoncent l’extrême droite catalane)... mais d’autres sources en ligne parlent juste de groupe «ultra catholique», ce qui explique la photo sur l’annonce de la réunion. Alors, démocrates... réactionnaires... ou les deux à la fois, ces indignés qui précisent «Catalonia, Spain» à l’intitulé de leur réunion? Aussi inclassable, François Meylan - policier, banquier, beau-Catalan (c’est-à-dire, par mariage) et frère ennemi de la conscience du journalisme romand Christian Campiche – reprend à son compte les critiques émises par F. Oya et ses camarades: il l’a dit dans la salle, il l’a étayé sur son blog (leblogdefrancoismeylan.blog.24heures.ch), et il pense pis que pendre de l’optique «unilatérale» du journal «Le Temps», de la Radio-télé romande et – désormais – du site de Campiche (lameduse.ch). Le lecteur dira qu’on est loin des problèmes de formation qui concernent le public genevois. Mais les questions linguistiques finissent par rattraper tous les peuples, comme on le voit ces jours en Romandie avec la polémique de l’anglais des pilotes. Et les petits Marocains de Belgique envoyés par leurs parents en classe flamande – mieux cotée – seront-ils mieux intégrés? Surtout, le sujet montre qu’on peut perdre le Nord à bord de La Méduse, suivre ou perdre «Le Temps» à contresens, et biaiser les Tours de télé sans être à Pise. Bonne chance à ceux qui veulent trouver le bon sens dans une autre histoire, à mille lieues plus au nord: celle de la «réhabilitation du nazisme» dans les Pays Baltes, décriée un jour plus tard dans la même salle (historyfoundation.ru). Sujets lourds d’enjeux, mais qu’on ne peut traiter en lisant les vieux labels du flacon: apprendre à n’être ni «facho», ni «gogo»... où trouver les «formateurs»?

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 19 / 08 / 19