La Catalogne enflamme les esprits

Tout l’Immobilier - Emploi & Formation primé!
Depuis toujours, je rêvais d’un oscar de reporter… c’est fait: un confrère en colère m’a décerné le prix de la «faillite du journalisme romand» (leblogdefrancoismeylan.blog.24heures.ch). Et moi, je lui décerne celui du plagiat par excellence: annoncer que je mérite le bonnet d’âne n’est guère un scoop... cela a été souvent dit, et plus encore, pensé. Mais à quelque chose, faillite et plagiat sont bons… prétextes à creuser le sujet. On va donc ici reprendre les choses où on les avait laissées au seuil des vacances, avec la question des langues en Catalogne et ailleurs (voir Tout l’Immobilier, pages Emploi & Formation, No 955, du 15 juillet 2019).

«Ya-t-il jamais eu de «bonne» politique linguistique?», se demande sans doute un livre au titre évocateur («Singular and Plural», de Kathryn A. Woolard). La Révolution française voulait unifier le parler au nom de l’Egalité et de la Fraternité… les Nations Unies voient désormais dans la langue du terroir un espace de liberté. Au Siam, les Chinois n’ont obtenu leurs droits qu’en laissant leur langue au vestiaire… en Malaisie, la nation fut minée par ses trois langues. L’érudit George Steiner pleurait – dans un institut d’ethno - sur les bandes magnéto de sons au sens perdu à jamais. «Mais sait-on la valeur des choses tant qu’elles sont là?», se disent tous les divorcés. Et les langues réveillées – l’hébreu, le grec – manquent de sel, tandis que celles qu’on fragmente – comme dans les Balkans – perdent en pouvoir. Paradoxe: Dieu le Père – centraliste par nature – a puni les hommes de Babel pour leur espéranto! Bref, catalan et castillan déclinent un éternel et universel dilemme du «globish» et des «parlers». Est-ce donc le refus de nier un des deux termes qui rendit - aux yeux de mon détracteur - mon texte passé peu «audible» et très «failli»? Difficile, en tout cas, de dénouer à distance le vrai du faux, dans ce «Kulturkampf» entre deux langues latines: les points de vue – sur place, chez nous, en ligne – sont tranchés et donc suspects… D’une part, on dit rendre au peuple de la Côte Est son catalan, de l’autre, on dit le castillan plus mal traité à Barcelone que l’anglais… Il faudrait un an sur place pour tirer les choses au clair. Et encore… ce que les uns nomment liberté est taxé d’égoïsme par les autres… et là où les uns trouvent l’égalité, d’autres se sentent aseptisés.

Juste au corps électoral
Autre problème insoluble… les circonscriptions: en Catalogne, les champs comptent plus que les villes, car le vote n’est pas tout à fait «proportionnel». Mais là aussi, même en Suisse, le fédéralisme entrave la proportionnelle… au nom de la défense des minorités. Sans parler des grands électeurs américains, du scrutin majoritaire britannique, des concessions aux peuples premiers, ni du légendaire charcutage des banlieues françaises. N’empêche, si les manifs contre l’indépendance rassemblent à Barcelone autant de monde que l’autre camp, c’est bien qu’il y a malaise. Les orateurs – au podium ou dans la salle... bref, dans ces pages le 15 juillet - semblent des gens bien informés et de bonne foi. Si l’un d’eux me trouve en «faillite» médiatique, c’est que j’ai tourné autour du pot. C’est vrai, mon sujet n’était pas la Catalogne, mais le pot du Palais des Nations: après tout, un auteur grec a bien écrit un livre – hélas! perdu – à la gloire des pots.
Au Palais des Nations, pour découvrir le pot aux roses, il faut savoir que... ce qui est dit en dit moins qu’où et quand on le dit. Primo… le Conseil des droits de l’homme a son ordre du jour… et si c’est le jour des droits des chauves (exemple fictif), on ne peut aborder les sans-papiers… alors tous ceux qui veulent parler de leur cause le feront comme dans la blague sur «les éléphants et la question juive»: difficile, donc, sur la base de l’agenda imprimé, de savoir de quoi la réunion va parler en fait (voir p. ex. en septembre ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session42/Pages/InformalMeetings.aspx). Secundo… tout le monde ne peut parler au Palais, même en coulisse: pour être dans le coup d’un «side event», il faut être une «organisation non gouvernementale» accréditée, ou invitée par l’une d’elle. C’est pourquoi on a parfois (ex. moins fictif) des Tamils du Sri-Lanka camouflés dans une réunion de l’Equateur, ou des gens du Cachemire sous l’égide de La Voix de la Santé. Dans le cas de la réunion sur le «Kulturkampf» catalan, le malentendu fut à son comble; surtout quand, un jour plus tard, en ligne, j’ai vu les orateurs liés à la droite catho. Ce qui n’est ni une insulte, ni un travers: sur ce point – la «reconquista»
catalane -, la droite espagnole semble dans la ligne de la gauche française (liberation.fr/planete/2006/06/19/l-espagnol-langue-etrangere-en-catalogne_41656). Mais pour que le catalan et le castillan figurent au menu d’Emploi & Formation, il faut donner au lecteur de quoi travailler le sujet et former son opinion.

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 16 / 09 / 19