Entre l’économie parasitaire et totalitaire

Le patron est-il un parasite? Sans le dire à haute voix, c’est ce que pensent les membres de la «Chambre de l’économie sociale et solidaire», réunis au début du mois pour «construire notre commun politique». Or, si le patron est un parasite, pourquoi ses deux grandes victimes – le client et l’employé – ne l’ont-ils pas mis hors jeu... alors que c’est le peuple qui vote les règles du jeu? Et l’économie «solidaire» n’est-elle pas plutôt «totalitaire», quand elle veut s’imposer par la norme plus que par le choix?

Ils étaient bien sympathiques, ces acteurs de l’économie à visage humain – on n’ose dire «petits patrons sociaux»... à la rigueur, «entrepreneurs responsables» - réunis toute une soirée dans un des hauts lieux du «social» à Genève, le «Silure» au bord du Rhône. Bien sympathiques, mais bien intolérants et bien ignorants: la question «pourquoi donc la coopérative – modèle idéal de production – n’est-elle pas devenue le mode dominant de l’économie?» laisse dans l’embarras les animateurs de l’atelier ad hoc; pourtant, elle a été plus d’une fois traitée dans nos pages (et surtout, dans notre numéro paru jour pour jour un an avant la réunion du Silure); et même dans leur panthéon à eux, le héros oublié Fritz Platten a payé la réponse au prix du sang.

Economie sociale ou secte ésotérique?
«Sociale» et «solidaire»: est-ce à dire que ceux qui marchent selon un autre modèle soient asociaux ou égoïstes? Tout l’art des bien-pensants est, en effet, de se saisir de chaque terme «positif» et de ne laisser aux mal-pensants que les mots sans cœur ni tête: «rapaces»... «matérialistes»... «exploiteurs»... juste capables d’emmener le monde dans «une boucle de rétroaction négative»; c’est enfoui au fond de l’ego des intellos... et il faudrait un psy pour décrypter le lexique d’apres-ge.ch et ses pairs, repris en choeur lors de la soirée du premier juillet, où chacun s’affirmait «créatif» plus que tout et tous... certes, pas «au service d’un patron» au «profit du profit»... mais pour «la transition» climatique... «humaine», où «la neutralité carbone assurera la cohésion sociale». Et dire qu’ils parlent de «changer de logiciel»: que de non-dits... qui effacent de la carte économique la moitié des acteurs!

Pour le client ou par clientélisme?
Le modèle coopératif présuppose – sans le dire – que l’employé est «social» et le client «comptable»: un bloc d’acier... des miettes éparses. Si le patron est un parasite, alors l’employé peut gagner le client par un prix moindre à même qualité. Or, à ce jour et quelles que soient les pays, les ères et les lois, la coopérative n’arrive pas à séduire la clientèle (ou «le marché», comme on dit plutôt dans ces milieux), sinon dans les coopératives de... consommateurs. Et encore, à avoir trop dormi sur leurs lauriers «sociaux», Coop et Migros sont à la peine face à Lidl. Autre acteur exclu de la photo de famille: la fonction publique, dont la présence en arrière-fond ferait un peu trop «marionnettistes avec leurs marionnettes». Et, à les écouter débat après débat, ces acteurs économiques «sociaux et solidaires» s’avèrent bel et bien des chasseurs camouflés de subventions... ce fut même le grand «non-dit» d’Antonio Hodgers et Sami Kanaan lors de la fête de famille d’inauguration de la Coopérative d’habitation à la Jonction (il y a un an): à «subventions» ou «privilèges», on préfère la formule allusive de «conditions cadres favorables». Pas sûr que cette politique clientéliste roule pour le peuple démocratique: c’est la question posée au début sur la norme et le choix.

Salarié calife à la place du soleil
Malgré les slogans ressassés sur la «diversité», sur «les nouveaux imaginaires» qui «permettent à la (...) conscience d’aller plus loin», ce milieu est plus monolithique que solidaire. Coup de coude dans les côtes par ma voisine – amie de longue date – quand je demande aux maîtres de céans pourquoi ils ont imposé d’emblée et de leur propre aveu un «scénario optimiste»... puis – en atelier - la directive d’avoir «une attitude positive» (en français ancien: «(...) d’être d’accord»)... bref, ce «modèle» ne connaît guère la concurrence, et en tout cas pas la dissidence. Si le système est «solidaire», c’est au sens du modèle planétaire de l’antiquité: le moi «social» est au centre... et tient ferme le bonheur!

Boris Engelson

P.S. Une dizaine d’organisations «à but non lucratif» ont mandaté l’agence DemoScope pour faire main basse sur.. les testaments (l’enquête pose même des questions rapaces sur la fortune et la santé des sondés)!

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Dernière mise à jour 20 / 07 / 20