A quoi bon «lancer l’alerte» devant les «portes ouvertes»?

A quoi bon «lancer l’alerte» devant les «portes ouvertes»?
Deux sujets en un: les «portes ouvertes» de l’Ecole Toepffer du samedi 24 avril, et l’«enfoncer les portes ouvertes» d’une Haute école dont c’est le grand art.  

Des écoles «portes ouvertes», c’est la saison: mais trois mots simples en tandem – glanés à l’Ecole Töpffer – sont au cœur de la formation. Sur une des portes, «français et philosophie»… diable, ne peut-on philosopher qu’en français… voire que par la langue? La logique mathématique, par exemple, fait-elle partie de la philosophie… sinon l’inverse? Assise dans sa classe, la prof me ramène à des considérations plus terre-à-terre: «En France, pour le bac, la littérature n’existe plus telle quelle… on doit la traiter dans un contexte transversal» (cité de mémoire). Mais ladite prof a l’accent «philo», alors j’ose poursuivre avec elle cette quête de la philo à travers les simples mots. Et – suite à l’article de la semaine dernière sur la chanson – je lui demande si «d’accord» vient de «cordial» et «cœur» ou de «corde» comme le suggère l’espagnol «guitarra malencordada» (même cnrtl.fr ne m’a pas donné de réponse claire). Dans la salle d’à-côté, «informatique, sciences»: autre diable! L’informatique est-elle une science, une mise en page ou de la cuisine? Question de bêta, mais qui permet de penser l’alpha et l’oméga des sciences. Au bas d’un escalier, une flèche pointe vers la salle de «latin/humanités». Tiens! latin rime plutôt avec inhumain, pour qui pense comme Rabelais et rêve de langue vivante… mais qui donc est plus vivant, de Saussure ou Juvénal? Bref, six mots qui font sans cesse renaître des questions qu’il vaut mieux ne jamais régler. Avant de quitter les lieux, je vois sur un panneau une citation de Victor Hugo: «Un lion qui copie un lion devient un singe».

Centre de formation ou agence de placement?
Ce qui nous mène de cette petite école à une haute école… qui a réponse à tout: a-t-on besoin d’un supplément d’âme à la Semaine contre le racisme, une de ses lauréates est là; d’un «stratège» au Musée d’ethnographie, son directeur se place; ou de trente créateurs au Musée de la Croix-Rouge, ses étudiants ne laissent plus de chance à une Marit Fosse; un débat à l’Uni sur «l’intégration des migrant-e-x-s et réfugié-e-x-s LGBTIQ+», rien de sensé ne peut se dire sans leur experte ad hoc. Un lobby qui, en somme, colonise la République: comment refuser des postes et des fonds à des gens qui sauvent l’humanité chaque jour avec une simple feuille de papier et un bout de fil de fer? Grand art ou bas artifices… vifs dessins ou noir dessein? La Haute école d’art et de design – c’est son nom… enfin - fait de l’art comme les sociologues de Nanterre faisaient de la biologie marine: on dit que – pour égarer la censure – des anars de 68 avaient nommé «Plancton» leur bulletin. Mais si on voit la vie en rose… vert… rouge (comme head.hesge.ch/taag/fr/), l’Ecole est au contraire un exemple pour le monde entier.

Qui profite du «trafic d’indulgences»?
Car c’est l’autre perception... plus officielle: des légions de jeunes et zélés artistes mettant leur talent tout neuf mais sans limite au service des plus nobles causes. Ah! que n’a-t-on eu une telle école plus tôt et un peu partout: le racisme eût été tué dans l’œuf… les armées tenues en respect… le pouvoir de l’argent mis à bas. Cette autre perception tient… l’examen, mais pas plus: les «bonnes causes» de ces étudiants, diplômés, professeurs… ça ne rappelle rien? Et si l’art tel qu’on le cultive dans ces temples était «le cœur d’un monde sans cœur… l’esprit d’un monde sans esprit», pour parler comme Marx? Ce qui fait le prix de l’artiste, c’est de se moquer des contingences… à commencer par le prestige et la carrière. Et soudain me revient cette blague sur «les Allemands (qui) sont intelligents, honnêtes et nationaux-socialistes… mais jamais les trois à la fois». Les étudiants qui n’ont que faire du prestige «conceptuel» - même à Genève - optent «pour l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux», m’ont dit deux jeunes artistes errant aux Bastions. Quant à savoir pourquoi le Département de la culture et celui de l’Instruction publique sont à genoux devant l’école de Châtelaine, est-ce pour cacher que c’est l’inverse? L’art a un mérite, pour ceux qui en tirent les ficelles: il ne se réfute pas.

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 21 / 06 / 21