La poésie, intox de charme

Dernier numéro avant les vacances… or j’ai quatre articles dans mon tiroir qui se battent pour passer en premier: un sur la Faculté de médecine, un sur les arguties climatiques, un sur le classement des Universités, et un sur le secret professionnel. Lequel choisir comme ultime message avant une rentrée incertaine? Une synthèse des quatre, sous la bannière de la «poésie»… quintessence de toutes les intox.

Les quatre articles peuvent être résumés chacun en peu de lignes: Les «climatistes» sont champions surtout en cosmétique linguistique; tous poussent à l’action violente en l’appelant «espace libéré» ou «loi remise droit»… les professeurs, au nom de leur science plus verte que pétrole… les juristes, au nom du droit du peuple au caprice erroné… les juniors, au nom de leur virginité de croisés salvateurs… les trois rêvant de donner tout pouvoir aux «assemblées citoyennes» que leur amnésie ou leur inculture ne peut nommer «soviets». Le classement des Universités est bien connu avec «Pisa»… mais pourquoi depuis un quart de siècle qu’on «pise» – à force d’«indicateurs de qualité» et de «bonnes pratiques» - toutes les écoles ne sont-elles pas encore devenues grandes avec de hautes notes? Ce sont les détails par branche qui étonnent le plus… mais comment note-t-on une fac de médecine: au nombre de médailles, à l’âge moyen du peuple, au revenu des médecins, au nombre d’élèves par classe? Après le premier… on vient de résumer deux articles d’un coup… alors on passe enfin au quatrième sur le secret… qui est aussi celui du deux poids-deux mesures: le mystère est la règle des autorités… la discrétion, l’éthique de l’humanitaire… le motus sur les sources, l’outil des médias… mais la Maire, l’ex-chef de la Croix-Rouge et le Club de la presse se sont unis ces jours autour de Julian Assange, grand violeur de tous les secrets (pressclub.ch/gva-freeassange/)! Bonne chance à Assange, mais un monde sans secret médical, sans dialogues de coulisses, sans serment d’audit… serait-il un monde meilleur? D’ac... ce n’est pas à «Tout l’Immobilier»… même dans ses pages «Emploi & Formation»… de répondre à toutes les questions oubliées par les autres. Alors, comme le suggérait l’article de la semaine dernière, confions à la poésie ce que la raison a perdu.

Bonnes rimes, la poésie sociale?
Début du mois, rencontre festive avec l’Etat de Genève et la Mairie de Lancy, pour montrer le côté «social» de la nouvelle cité des Adrets au Pont-Rouge; son «espace de quartier» et ses «logements pour seniors» semblent uniques, vus de l’intérieur… mais malgré son surnom (adret-voies-vives.ch), l’esprit du lieu tourne le dos à l’espace hors quartier: La Praille. En mariant les deux – l’ambiance d’oasis des Adrets et le domaine ferroviaire de La
Praille -, ne pourrait-on créer là une attraction commune à la cité et à la ville? Un mur cache les trains à l’école (qui va être construite)… or un «belvédère» sinon un «mirador» pourrait révéler aux enfants (de deux à cent ans) le monde de «ceux qui travaillent» (pour faire un clin d’œil à un récent film suisse sur les transports). Mais revenons à ce qui a été fait… et bien fait; avec son chemin des mérinos et ses promenades botaniques, le quartier est assez réussi pour avoir désarmé les milieux du privé qui y ont mis des billes. Et l’ambiance fut séduisante pendant les trois jours de fête, animés – entre autres – par l’association Viva… qui veut rendre poétique la vie des aînés. C’est d’ailleurs là que le bât blesse, car à la longue, on voit – et on ouït – que la «culture», encore mieux que le «social», rime avec intox. Le soir, une lecture «étoilée» de poèmes n’a – pour les malheur du comité – attiré que le soussigné; le lendemain, «brunch» poétique en musique pour seniors… avec un joli choix de textes, mais pas d’autre choix… qu’écouter: c’est, en somme, la nature de la «culture» qui est bien cousine de «culte» (même les «conférences de presse» d’artistes laissent en général peu de place aux questions).

«Machiste» en langue d’oc ou d’oïl?
Bref, les questions sont restées dans les poèmes faute de sortir de la bouche des «bruncheurs»; une, entre autres, pouvait tout de même avoir un sens pour le public d’«anciens»: le poème médiéval «féministe» de Jean de Braine sonnait-il de même en langue d’époque? «Nous sommes réunis pour l’émotion… pas pour la controverse», me sera-t-il dit plus tard; car le lendemain, la même équipe menait – comme chaque lundi matin – ses poèmes en ballade sous les arbres de l’adret. Ce lundi-là, c’était la rime de Nicolas Bouvier, citoyen – par son père - de Lancy… d’où une rue à son nom. La ballade fut charmante (voir l’hyperactive lancy.ch), mais est-ce une raison pour rendre un culte – mérité mais obligé – à Nicolas Bouvier? A nouveau, celui qui doute que «Nicolas Bouvier (fut) le premier à partir en Deux-chevaux à la rencontre des peuples d’Orient» se fait vite remettre en place.

Cheval ou souris?
La Topolino de Bouvier n’était pas la Deux-chevaux de Séguéla… et là, ce n’est pas en détail: on entre en guerre de religions dans tous les sens du terme (fr.wikipedia.org/wiki/Fiat_500_Topolino). Surtout, l’histoire de la «découverte de l’Autre» sur les routes réserve des surprises plus anciennes... et sans remonter aux anciens pèlerins, l’Avant-Guerre a eu sa Bessie Stringfield et l’Après-Guerre son Lanza del Vasto, dont Genève fait bien peu de cas. Plus que la primauté ou le véhicule, c’est la lucidité qui distingue - à la longue - l’ouverture voulue de l’ouverture vécue. Exemple... un Charles Vildrac et un Roland Dorgelès: ils ont fait le même tour d’Union soviétique au même moment, mais en voyant le contraire! Quand, en Orient dix ans plus tôt, Dorgelès dit: «Ce n’est pas Hérodote qui a découvert l’Egypte, ni Diodore, ni Marc-Aurèle, ni Strabon. C’est moi!», parle-t-il comme un Bouvier avant la lettre? Bref, à l’âge de la retraite, n’a-t-on pas le droit de savoir enfin… que ce que nous ont dit nos maîtres est faux? Et le jour où les trieurs d’icônes sauront qui était le «Szkolnikoff» (cité de mémoire) que Bouvier flatte du titre de «Coréen», ils voudront changer le nom de sa rue…

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 19 / 07 / 21